Dans la remarquable enquête (reproduit ci-dessous) de Fred Guilledoux, publiée dans la Provence du 2.1.2012 vous pouvez découvrir les derniers développements du feuilleton lamentable de cet incinérateur qui nous "empoisonne" depuis des années.
Il était voulu et fait par la droite de Monsieur Gaudin - et la gauche locale l'a laissé se faire sans grande résistance, voire une certaine complaisance.
Et une fois de plus les écologistes avaient raison . Tout ce qui se produit aujourd'hui était totalement prévisible.
On l'avait dit, maintenant qu'elle est là, il faut bien la nourrir la bête !
Le but de cet équipement n'est pas de traiter nos déchets, mais de faire "du fric". Et tant pis si les provençaux ont fait des efforts pour réduire (légèrement) le volume de leurs déchets, on trouve des astuces et on triche sur les chiffres pour demander une augmentation des capacités de "traitement".
CAP21 des Bouches du Rhône est solidaire avec tout ceux qui dénoncent ces pratiques, à commencer avec le Maire de la ville de Fos.
Des chiffres faux pour brûler plus de déchets à Fos !
Publié le lundi 02 janvier 2012 à 17H02 la société qui traite les ordures de MPM a utilisé des tonnages surestimés dans le dossier d'enquête publique
300 000 tonnes de déchets sont incinérées par Urbaser dans l'usine de Fos.
Photo Valérie Farine
Mise en service début 2010, l'usine de Fos-sur-Mer qui traite les ordures ménagères de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole doit-elle augmenter sa capacité administrative d'incinération, en la faisant passer de 300 000 à 360 000 tonnes, plus 110 000 tonnes destinées au circuit de méthanisation ? Société espagnole qui a remporté en 2005 le marché de l'exploitation et de la construction du site, Urbaser avait évoqué cette possibilité dès 2010 avec les services de l'État, ce qui lui avait alors été refusé. Elle est toutefois revenue à la charge mi-2011, en déposant une demande officielle, d'où l'ouverture d'une enquête publique : elle s'est déroulée du 15 novembre au 15 décembre et ses conclusions ne sont pas encore connues.
Pour justifier cette augmentation, très décriée à l'ouest de l'étang de Berre pour des craintes environnementales, Urbaser explique qu'en raison des limitations qui lui sont imposées par la préfecture, elle ne peut pas traiter toutes les ordures de l'agglomération marseillaise, contrairement à ce que prévoit le contrat signé avec la communauté urbaine : "Nous en avons pourtant la possibilité technique, avance Bérenger Saltel-Pongy, le responsable Environnement de la société. Nous sommes donc contraints d'en rediriger une partie vers des décharges". Le projet Urbaser prévoit également de pouvoir brûler 10 000 tonnes de déchets hospitaliers, un marché très rémunérateur.
Ces arguments ont longuement été développés dans le dossier soumis à enquête publique, ainsi que lors d'une réunion qui s'est tenue le 28 novembre à la mairie de Fos. Problème, selon notre enquête, la réalité diffère largement de ce que raconte Urbaser : pour convaincre les pouvoirs publics, la société espagnole s'appuie sur des tonnages de déchets nettement surestimés. L'intérêt étant de rendre inéluctable la montée en puissance de l'incinération, en imposant l'idée qu'il faudrait faire trop d'efforts en faveur du tri pour pouvoir absorber les ordures qui partent toujours en décharge. Et ce malgré l'annonce par la communauté urbaine, voici quelques semaines, d'un plan destiné à réduire de 7 % les déchets ménagers d'ici 2015...
Des déchets non prévus par contrat
Dans le dossier transmis à la préfecture, Urbaser affirme qu'elle aurait dû traiter près 460 000 tonnes de déchets MPM à Fos en 2011, dont 435 500 tonnes d'ordures ménagères (le reste se partageant entre les boues des stations d'épuration, des refus de tri issus de la collecte sélective et de déchets d'activités commerciales). "Du fait de notre limite administrative actuelle à 410 000 tonnes, sur les environ 15 000 tonnes de boues de station d'épuration, MPM ne nous en a apporté qu'environ 8 000 tonnes à fin novembre, indique à titre d'exemple Bérenger Saltel-Pongy. Le reste a dû être envoyé en installations de stockage". Urbaser évoque ainsi 86 688 tonnes parties en décharge. Là où l'affaire se corse, c'est que les chiffres qui ont alimenté l'enquête publique n'étaient en fait que des estimations. C'est ainsi que si MPM avait bien prévu 435 500 tonnes d'ordures ménagères, les relevés réalisés mi-décembre donnent en réalité 415 000 tonnes. "Cette baisse est un beau résultat",note Eugène Caselli, le président PS de la communauté urbaine, qui l'explique notamment par une amélioration du tri dans l'agglomération marseillaise.
Autre faille dans les tonnages comptabilisés par Urbaser, la société intègre des déchets que MPM n'est pas obligée de lui confier, comme on peut le lire dans le contrat signé en 2005 par Jean-Claude Gaudin (UMP) qui présidait alors la collectivité : "Le délégant s'engage à apporter sur le site la totalité des ordures ménagères grises collectées sur son territoire". Excessivement précis, le contrat indique a contrario qu'il n'y a pas d'"exclusivité des apports" pour les boues, les refus de tri et "les déchets fermentescibles provenant de la collecte auprès de certains artisans et commerçants" (1).
Les raisons de la baisse 2011
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, "la production d'ordures ménagères résiduelles par habitant de MPM"a été réduite de plus de 8 % de 2005 à 2010. Pour expliquer la baisse spectaculaire des tonnages enregistrée l'année dernière, au-delà de cette tendance de fond, on peut mettre en avant une organisation plus efficace de la collecte, particulièrement à destination des commerçants qui ont été incités à mieux trier leurs déchets. Instauré en 2010 après la découverte d'une arnaque aux tonnages dans le cadre de l'affaire Guérini, le renforcement des contrôles des acteurs de la collecte a également pu jouer. Selon un expert de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), c'est surtout la crise économique qui a eu un impact très fort : "Quand l'activité baisse, ça joue sur la consommation des ménages, et donc sur leur production de déchets. De même, un marchand de chaussures qui vend moins de chaussures jette moins d'emballages...".
Des chiffres validés par les services de l'Etat
Saisie le 16 juin 2011, la Direction régionale de l'environnement Paca a donné en octobre dernier un avis favorable au dossier transmis par Urbaser. Si elle prend soin de préciser que cet avis est "basé sur les documents fournis par le pétitionnaire et les documents de planification connus à cette date", il est clair que l'instruction n'a pas poussé à ressortir des tiroirs le contrat passé avec MPM. Une bizarrerie sur laquelle il n'a pas été possible d'obtenir des explications de la part des services de l'État.
Des recoures prévisibles à l'ouest de l'étang de Berre
Soutenu par les élus d'autres communes comme Martigues ou Port-Saint-Louis, le maire PS de Fos René Raimondi a d'ores et déjà annoncé que des recours seraient déposés si jamais Urbaser obtenait une hausse de l'incinération. Plusieurs associations de défense de l'environnement préparent également des actions, ciblant également la communauté urbaine MPM. Elles ne manqueront pas de saisir également le tribunal administratif sur les "erreurs" contenues dans le dossier soumis à enquête publique par Urbaser.
(1) Contactés sur ce point par "La Provence" avant les fêtes de fin d'année, les responsables d'Urbaser ont renvoyé leur réponse à début janvier.
Fred GUILLEDOUX
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